Article publié le jeudi 24 septembre 2026 dans la catégorie evenementiel.
Les castells sont des tours humaines élevées lors des fêtes populaires de Catalogne. Cette tradition repose sur une organisation précise : chaque participant occupe une place définie, du socle au sommet. Plus qu’une démonstration de force, elle met en scène la confiance, l’équilibre et l’entraide entre les membres d’une même colla, le groupe de castellers. Comprendre son fonctionnement permet de lire une construction, d’en mesurer la difficulté et de saisir pourquoi cette pratique demeure un symbole culturel majeur en Catalogne.
Les castells, une tradition catalane née au XVIIIe siècle
Des danses de Valence aux tours humaines de Catalogne
Les castells trouvent leur origine dans le
ball de valencians, une danse populaire pratiquée au XVIIIe siècle dans la région de Valls, au sud de Barcelone. Les danseurs terminaient leurs figures par une petite pyramide humaine. Avec le temps, la tour est devenue l’élément central, tandis que la danse a disparu de la représentation.
Au XIXe siècle, les premières formations spécialisées, appelées collas castelleres, se structurent autour de Valls. La tradition se diffuse ensuite dans l’ensemble de la Catalogne, notamment à Tarragone, Vilafranca del Penedès et Barcelone. Chaque groupe cherche à réussir des structures plus hautes ou plus complexes, sans perdre la dimension festive et collective de l’événement.
Une pratique populaire reconnue comme patrimoine culturel immatériel
En 2010, l’UNESCO a inscrit les castells au patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Cette reconnaissance souligne leur valeur sociale : une tour ne peut tenir que si les participants coopèrent, quels que soient leur âge, leur origine ou leur morphologie.
Les castells s’intègrent souvent à des célébrations religieuses et civiques locales. Ils peuvent côtoyer d’autres traditions espagnoles, comme les
processions de la Semaine sainte, même si leur fonctionnement et leur symbolique sont très différents. Là où la procession suit un parcours rituel, le castell constitue une performance collective brève, construite sur une place ou dans une rue.
La composition d’un castell : chaque niveau a une fonction précise
La pinya, base large qui soutient et sécurise la tour
La
pinya est la base compacte de la tour. Elle rassemble souvent le plus grand nombre de personnes : castellers de la colla, proches et parfois membres d’autres groupes venus prêter main-forte. Les participants se serrent épaule contre épaule, bras placés selon une technique précise, afin de répartir le poids vertical et de limiter les mouvements.
La pinya joue aussi un rôle de sécurité. Elle amortit autant que possible une chute éventuelle et offre aux grimpeurs des appuis pour rejoindre les étages supérieurs. Sa stabilité conditionne toute la construction : une tour ambitieuse ne peut réussir avec une base mal organisée.
Le tronc, les étages qui donnent sa hauteur au castell
Au-dessus de la pinya s’élève le
tronc, composé des niveaux visibles de la tour. Les adultes y occupent généralement les positions les plus porteuses. Ils gardent le dos droit, regardent devant eux et évitent les gestes brusques. Les castellers les plus légers sont placés dans les niveaux élevés, où la charge à supporter doit diminuer.
Le nom du castell indique sa forme : le premier chiffre correspond au nombre de personnes par étage, le second au nombre de niveaux du tronc. Ainsi, un « trois de huit » comporte trois personnes par niveau sur huit étages.
Le pom de dalt et l’enxaneta, sommet symbolique de la construction
Le sommet, nommé
pom de dalt, est formé par de jeunes enfants entraînés à grimper. L’acotxador se place juste sous le dernier niveau ; l’enxaneta, souvent le plus jeune, atteint ensuite le sommet. Il lève un bras, geste appelé aleta, pour signaler que le castell est chargé, c’est-à-dire complété.
| Élément | Fonction principale |
| Pinya | Soutenir la base, répartir le poids et sécuriser la construction. |
| Tronc | Former les étages porteurs et assurer l’alignement vertical. |
| Pom de dalt | Fermer la tour avec les grimpeurs les plus légers. |
| Enxaneta | Atteindre le sommet et effectuer l’aleta. |
Le déroulement d’une construction, de la formation au geste final
La préparation de la colla et la répartition des castellers
Avant l’exécution, les responsables de la colla déterminent la construction adaptée au niveau du groupe, à l’effectif disponible et aux conditions du jour. Les positions sont attribuées pendant les répétitions, qui permettent de travailler les placements et les enchaînements. Une personne dirige la mise en place depuis le sol, tandis que des responsables veillent à l’organisation de la pinya.
Les étapes essentielles sont les suivantes :
- installation et serrage progressif de la pinya ;
- montée des premiers étages, puis des renforts nécessaires ;
- ascension des enfants jusqu’au pom de dalt ;
- aleta de l’enxaneta, puis descente dans l’ordre inverse.
La montée progressive au rythme des gralles et des tambours
La montée s’effectue sans précipitation. Les gralles, instruments à vent au son perçant, et les tambours jouent des mélodies codifiées qui indiquent l’avancée de la construction. Les castellers n’ont pas besoin de voir toute la tour : ils se fient aux consignes, aux tensions ressenties dans les épaules et aux signaux transmis par les responsables.
Le silence relatif de la base est important. Les encouragements du public accompagnent l’effort, mais les participants doivent préserver une
concentration constante, surtout lorsque les derniers niveaux prennent place.
L’aleta, le signal qui marque la réussite avant la descente
L’aleta ne clôt pas réellement l’exercice : un castell n’est pleinement réussi que lorsqu’il est aussi démonté. La descente est donc une phase délicate. Les enfants redescendent en premier, puis les étages se défont successivement. Une tour qui atteint son sommet mais s’effondre avant d’être démontée reste un succès partiel dans le vocabulaire casteller.
Lire la difficulté d’un castell grâce à son nom
Le nombre de personnes par étage et le nombre de niveaux
Un castell étroit est souvent plus instable, car chaque étage offre moins de points d’appui. À hauteur égale, un « quatre » est généralement plus large qu’un « trois ». La difficulté dépend aussi du nombre d’étages : ajouter un niveau augmente la charge, la durée de maintien et la précision requise.
Les renforts utilisés pour les structures les plus ambitieuses
Les tours élevées utilisent des soutiens supplémentaires au-dessus de la pinya : le folre, puis les manilles pour certaines constructions. Ces renforts consolident les étages inférieurs du tronc. Leur présence ne rend pas la figure facile : elle permet surtout de répartir des contraintes qui seraient trop importantes pour une base simple.
Quelques exemples : quatre de huit, trois de neuf et constructions à dix niveaux
Un quatre de huit est une figure de haut niveau mais relativement courante chez les collas expérimentées. Le trois de neuf exige davantage de maîtrise, notamment dans les appuis et les renforts. Les constructions à dix niveaux appartiennent aux défis les plus exigeants de la tradition moderne. Pour approfondir leur portée collective, cet article explique
pourquoi les castellers construisent des tours humaines en Catalogne.
Sécurité, entraînement et rôle collectif dans les collas castelleres
Les répétitions, les filets et le port du casque pour les enfants
Les collas s’entraînent régulièrement, souvent avec des filets pour répéter les montées sans exposer les participants au même risque qu’en représentation. Les enfants qui accèdent au sommet portent aujourd’hui un
casque homologué. Les exercices apprennent autant la technique de grimpe que la gestion du stress, l’écoute et la descente contrôlée.
Le risque n’est pas absent : une chute reste possible. Les consignes de sécurité, la qualité de la pinya et le choix raisonnable des figures sont donc prioritaires sur la recherche de hauteur.
La confiance, l’inclusion et la solidarité comme principes fondamentaux
Une colla rassemble des profils très variés. Les personnes robustes sont précieuses à la base, les plus légères dans les hauteurs, mais chaque rôle compte. La tradition valorise l’idée que
la réussite est collective : personne ne peut accomplir seul une tour humaine.
Les castells aujourd’hui dans les fêtes catalanes
Les diades et les grandes villes où assister à une performance
Les démonstrations se tiennent lors de diades castelleres, journées festives où plusieurs collas présentent leurs meilleures figures. Valls, Tarragone, Vilafranca del Penedès et Barcelone figurent parmi les lieux emblématiques. Les calendriers varient selon les fêtes municipales et la saison des collas.
Une tradition vivante entre identité locale, compétition et transmission
Les groupes comparent leurs réussites, mais la rivalité demeure encadrée par des règles de soutien mutuel : une colla peut renforcer la pinya d’une autre. Les castells participent ainsi à l’identité catalane, au même titre que d’autres manifestations du calendrier espagnol, dont l’importance de la
Semana Santa en Espagne. Leur transmission repose désormais autant sur les familles que sur les associations locales et les écoles de castellers.
Une tradition fondée sur l’équilibre collectif
Les castells ne se résument pas à une prouesse spectaculaire : leur fonctionnement repose sur une répartition rigoureuse des rôles, un entraînement suivi et une attention constante à la sécurité. De la pinya qui stabilise l’ensemble à l’enxaneta qui couronne la tour, chaque participant contribue à une construction où la confiance compte autant que la force. Cette organisation explique la portée durable des tours humaines dans les fêtes catalanes. Elles incarnent une culture de la coopération, où
la réussite dépend de tous et où la descente est aussi importante que la montée. Observer un castell, c’est donc comprendre comment une communauté transforme la discipline, la solidarité et le courage en un
équilibre partagé.